| Julien's profileLes confidences d'un Can...PhotosBlogLists | Help |
|
|
06 August Québec love: 400 ans de mémoire seulement
Québec, ma chère, ma vieille, comment vas-tu ? J’envie parfois les exilés, les expatriés, tous les Canadiens errants de ce monde, ceux qui vivent avec la mémoire de leur pays en d’autres cieux, ceux qui vivent un ailleurs en gardant une image intacte du paradis. En 2008, ma nation québécoise fête ses quatre-cents ans d’histoire. Et pour remémorer ces années, plusieurs festivités municipales ont été organisées par la société du 400e anniversaire de Québec, sponsorisée par un partenariat de divers paliers gouvernementaux : Canada, Québec, ville de Québec et divers entreprises multinationales d’ici et d’ailleurs aussi. Qu’importe d’où provient l’argent ! L’important, c’est la fête ! Des invités de marques aussi illustres que populaires, des délégations, la présence de la France, de la Francophonie, et de l’internationalité. C’est l’occasion de parrainer des grands événements à grand rayonnement pour fêter quatre-cent ans de francophonie en Amérique : du hockey, le cirque du Soleil, Céline Dion et Sir Paul McCartney. Tout le monde est chic, outre le pavage de ces rues fissurées de la capitale nationale –en tout cas, comme il était au mois d’avril 2008 après un long et langoureux hiver–, ainsi que ces maisons ouvrières et bicentenaires de la basse ville, héritage britannique industrielle en décrépitude. Tout le monde est invité. Personne n’est oublié, pas même l’amérindien qui fête, lui-aussi, ses quatre-cent ans d’histoire écrite ! Le Canada est fier de son patrimoine et de son image. C’est d’ailleurs sous le thème de la rencontre que s’organisent les festivités, comme on peut lire sur le site du quatre-centième : Depuis des millénaires, Québec constitue un lieu naturel de rencontres, grandes et petites, historiques et actuelles. Rencontre de l’Europe et de l’Amérique, des Premières Nations et des arrivants, de la France et de l’Angleterre. Rencontre d’un fleuve et de deux chaînes de montagnes, de l’eau douce et de l’eau salée, de la haute-ville et de la basse-ville, des vieux murs et des tours de verre. Rencontre des amoureux sous le charme de la cité, des résidants accueillants et de visiteurs venus du monde entier.
Le thème de la rencontre est probablement plus festif et souhaitable que celui de la mémoire. Quelques citoyens dont la mémoire fonctionne, semble-t-il, se sont permis de souligner la récupération politique fédéraliste de ces festivités. C’est le cas de la politisation du concert de Sir Paul McCartney, perçu comme une insulte à l’intelligence francophone d’Amérique. Pourtant, d’autres événements aussi symboliques que symptomatiques se sont dessinés en filigrane de ces festivités en cette même semaine.
Le 15 juillet 2008, le directeur général des élections du Québec autorisait la destruction des bulletins de vote du référendum 1995. Lors d’une capsule de 15 secondes sur la chaine RDI, on pouvait voir un manutentionnaire bourrant la shredder machine du destin déchu du peuple québecois; bulletins qui seront recyclés comme un rêve échoué. Nostalgie de cette époque ! Et pour mieux m’y replonger visuellement, j’ai consulté l’encyclopédique Youtube espérant y visionner quelques clips souvenirs de cette époque où j’avais probablement quelques kilos en moins et les cheveux plus longs. J’ai pu voir entre autres le politologue Stéphane Dion affirmer que c’est antidémocratique de le priver de son droit d’être canadien; des Anglos contents de la tournures des événements; des Canadians chantant «Gens du pays» (!) de Gilles Vigneault; Jean Charest sur un podium du Square Victoria s’adressant en français à une foule de Canadians venus témoigner en toute démocratie de l’amour et de la sympathie pour le Québec; des indécis choqués du love-in devenir soudainement souverainistes; des hurluberlus affirmant que les résultats des élections ont été truqués; des chiffres au sujet d’immigrants à qui on accélérait le droit de vote et qui disparaissait quelques mois plus tard; des partisans de Québec Alliance qui contestait les procédures du dépouillement des bulletins de vote; des chanteurs populaires pleurant les résultats référendaires dans le suicide et l’oubli et le discours de Parizeau, dont on a retenu que le thème du vote ethnique. La clarté référendaire qui n’est ni clair que Oui ni clair que Non. Puis, d’un clip à l’autre, je suis arrivé aux manifestations altermondialistes à Québec en 2001. Autant d’événements qui ont donné de l’importance à la capitale nationale et qui ont permis aux Québécois de s’épanouir en tant qu’ethnie, nation, au sein d’un Canada uni !
Le 15 juillet 2008, au moment où l’on commençait à détruire les bulletins de vote du référendum 1995; au moment où certains représentants nationalistes de la langue française critiquaient la venue de Paul McCartney à Québec; au moment où la fille de Félix Leclerc, après deux demandes formelles, déplorait que la société du 400e n’ait pas accordé de place dans sa programmation pour commémorer l’œuvre et le vingtième anniversaire du décès de son illustre père –un homme du pays; je me suis dit que, quelque part dans le cosmos, quatre-cents ans d’ivresse et d’oubli, de mémoire folle, de gel et dégel se mélangent à tous les fluides. À toutes les rencontre. Comme une dilution.
***
J’oublie. Et j’en parle.
***
À quelques mètres de l’endroit où s’était déroulé le love in en octobre 1995, là où les Canadians affirmaient aimer le Québec. À quelques mètres de ce témoignage affectif, des graffitis indiquaient Canada is USA whether you like it or not, et des hiéroglyphes teintés d’amour sur des toits d’immeubles affirment depuis quelques décennies déjà : HYH. Que signifient ces acronymes ? Dans mes souvenirs, c’était Hate you Hippies. Mais, il est possible que j’aie tout faux, ma mémoire change souvent d’attitude et d’identité. Des fois on m’aime, des fois non. C’est mélangeant.
Je suis comme ce bulletin de vote marqué OUI, marqué NON qu’on shredderise comme pour souligner canadiennement les 400 ans de la victoire britanique et anglos sur le destin de l’amérique et du vingtième siècle.
***
Est-il possible que ma mémoire se vide comme un fleuve d’eau douce dans un océan. Ma mémoire, je l’exerce avec de simple exercice : je tente de me souvenir de détails aussi stupides qu’inutiles. Pourquoi, par exemple, j’ai le souvenir que le Grand Antonio ait voulu embrassé mère Teresa qui le rejetait du bras ? L’a-t-il vraiment embrassé ? Pourquoi j’ai le souvenir de cet homme d’affaire québécois qui a été un des rares survivant à l’écrasement d’un boeing sur la piste d’atterissage d'un aéroport en Asie, et qui, après avoir pris conscience de l’impact, a tout de suite décider d’en informer son collègue, resté au Québec, plutôt que sa femme et ses enfants ? Pourquoi Fidel Castro et Bill Clinton se sont assis au même banc lors des obsèques de Pierre-Elliot Trudeau ? Qu’ont-ils dit ? Pourquoi ma mémoire invente des tragédies ferroviaires sur des ponts de glace entre Longueuil et Maisonneuve, s’abymant dans les eaux glacés d’une mémoire flottante…
Des détails insolites dont je m’efforce à découvrir s’ils ont vraiment été ou s’ils ont été inventés de toutes pièces par un malin génie. Chaque fois, je demeure convaincu de leur véracité. Je me lance à la recherche de traces de ces souvenirs. Et pendant que m’engouffre dans des recherches vaines sur de fades archives virtuelles et encyclopédiques, j’en viens à douter de la pertinence de toutes ces recherches.
Ma mémoire est endolorie et je n’ai que trente ans.
Et j’en viens enfin à penser que cette mémoire fondante qui perd le nord et le fil ne peut être cultivée qu’à l’étranger, là où il est effectivement normal de se sentir étranger et de la mettre à l’épreuve. Et c’est là que la mémoire, il me semble, répondra le mieux de ces plus belles fictions. 18 February Une isle latine dans une mer slave ?Constitué de prêt-à-penser, d’images toutes faites et de lieux communs, le cliché est un recours fort utile qu’utilisent les hommes pour communiquer chaque jour. C’est facile et pratique. Par économie et paresse, le cliché évite d’expliciter une pensée, de verbaliser –parler demande un déploiement physique intense– et refuse d’ouvrir le débat intellectuel.
Une fois le cliché énoncé, que reste-il? Les clichés ont cette superbe fonction d’évacuer la réflexion.
Il est un cliché souvent utilisé au sujet de la langue roumaine et de la Roumanie dans les Pays de l’Europe centrale et orientale (PECO) : une Isle latine dans une mer slave...
Ce que j’aime de ce cliché, c’est sa résonance géographique.
Depuis, deux ans je cherche à épuiser ce cliché. Moi qui suis géopoéticien, je cherche la marée slave et les isles romanes. Comme une sorte de refuge. Je cherche ces maisons paysage
L’image de l’isle évoque le lieu isolé, circonscrit, mais aussi exotique. Un trésor. Une sorte de refuge. Ce qui implique également une limite, une frontière : la mer slave environnante.
Analysons donc ce cliché image.
Une isle sur le bout de la langue
Sur le plan linguistique, il ne fait aucun doute de cette évidente vérité. Géographiquement, la Grande Roumanie est le seul pays de langue latine de l’Europe centrale et orientale [[ la Moldavie, pays de langue roumaine et ancienne région de la Grande Roumanie (1920-1941), historiquement la Bessarabie, est aussi un pays latin, dont la langue officielle a longtemps été celle de l’élite russo-ukrainienne. 70 % de sa population est roumaine. Le cliché semble cependant écarter la Moldavie]]. La mer slave est ainsi constituée de plusieurs minis courants serbo-croates, magyars, slovaques, ukrainiens, polonais, bulgares... Comment la langue roumaine a-t-elle pu survivre à ce naufrage et ces marées linguistiques? La réponse est peut-être à l'intérieur même du cliché : elle a trouvé une isle! La langue a campé ses assises dans cette isle-refuge. Elle s’est dotée d’un territoire linguistique qui a perduré durant les siècles.
Cela nous amène à interroger l’aspect historique du cliché. En effet, dans l’histoire roumaine, y a-t-il eu des moments forts et constitutifs pour l’érection insulaire de la Roumanie latine?
Il nous faut donc revenir sur un aspect du cliché : la solitude, l’isolement qu’évoque l’isle. Si la Roumanie a longtemps été une isle linguistique, cela pourrait être attribuable -je force un peu la note- à sa situation géographique qui l’aurait isolée.
La situation géographique particulière lors des conquêtes turques
On le sait, les Turcs ont éprouvé plusieurs difficultés à conquérir et à occuper efficacement les états roumains : Valachie, Transylvanie, Bessarabie. L’occupation fut périodique et non efficace. Franchir le nord du Danube par voie terrestre était toujours une entreprise laborieuse pour les troupes ottomanes en raison de la résistance et des campagnes militaires des voïvodes (Vlad Ţepeş dit Dracula, Mihai Bravu et Stefan cel Mare pour ne citer qu’eux), mais aussi aussi en raison de la situation géographique et climatique qui, parfois, voire souvent, compliquait la logistique et la tactique de conquête de petites bourgades latines isolées en hautes montagnes ou creux dans les bois. En effet, les Turcs devaient sillonner des chemins et des bois complètement enneigés pour trouver des petits villages au-delà des forêts sauvages (traduction littérale de Transilvania). Et le tribut que payaient les sujets roumains n’étaient pas aussi profitable que ce que coûtait au Sultan le déploiement des troupes et l’occupation.
Et, il faut bien le dire, les Sultans préféraient conquérir les isles royales austro-hongroises, plus prospères à leurs yeux. L’empire ottoman se contentait que du Sud du Danube (l’actuelle isle de Bulgarie). Bref, on ne voyait pas l’intérêt de s’appauvrir et de s’acharner sur cette isle latine isolée.
Aujourd’hui, la présence turque est encore visible en Roumanie, à Constanţa et tout le long du littoral de la mer noire... (Lieux qui étaient fort accessible par voie fluviale).
Est-ce donc la situation géographique avantageuse qui a permis à la Roumanie de perdurer ? Peut-être en faible partie. Toutefois, aucun historien ne se risquerait d'envisager l'insularité avantageuse des états roumains au Moyen-Âge pour expliquer la laborieuse progression ottomane au Nord du Danube et les impacts que cela représente pour l’Europe moyenâgeuse et la configuration géopolitique de l’actuelle Europe.
Je me plais seulement à imaginer l'effet qu'a put produire l'insularité de la Roumanie sur les troupes turques.
La civilisation romaine... une isle en dérive
Par ailleurs, lorsque les historiens se prononcent sur l’origine civilisationel de la Roumanie, plusieurs incertitudes planent : les Roumains sont-ils des Daces romanisés ou des migrants romains ou encore Autre. Au quatre coin de l’Isle latine, on peut apercevoir aujourd’hui une statue de Romulus et Remus mangeant à même le sein nourricier de la louve pleurant ses petits disparus. Image romaine des origines : les Roumains tiennent par le fait même à souligner leur latinité, avec l’image de ces orphelins échoués comme une épave sombrée sur cette isle.
Sur le plan de la solitude latine, une seule image me vient en tête : la tristesse d’Ovide pleurant son exil à Tomis devant le Pont Euxin (l’actuelle Constanţa, aux abords de la Mer noire).
Sinon, on sait combien la civilisation roumaine a subi plusieurs dérives et naufrages qui ne sont pas toujours latins... Plusieurs bouteilles lancées à la mer et attraper par une main autre.
La Roumanie est aussi l’orthodoxie de Constantinople et de la Russie, l’orient et son esprit nomade. De plus, la civilisation roumaine ne s’est-elle pas abreuvée de cette eau slave, de cette mer nourricière?
Une isle exotique et métisse? Hybride.
En elle-même, la civilisation roumaine comporte un vaste archipel.
La Roumanie n'est pas une isle
Les Roumains sont-ils des Insulaires? Outre sur le plan linguistique, le cliché n'a pas d'autre résonance. L'insularité historique de la Roumanie n’est qu'une utopie, voire une atopie. Un rêve échoué d’Atlantide!
Seul le parti communiste de Roumanie, aux yeux de l’Occident capitaliste, est venu bien près d’insulariser la Roumanie. Mais ce cas de figure m'évoque bien plus la mise en quarantaine que l'image exotique des joyeux naufragés!
Ériger le sentiment roumain de l’être comme une isle serait sans doute une entreprise risquée, bourrée d'écueils et d'échoueries.
*
J’écris ces lignes dans le Parc d’Ior, devant un petit lac sur lequel on a aménagé des Isles. L’Isle du Pensionnaire entre autres. Au moment où j'évalue le degré d'insularité de la Roumanie, on peut voir un bateau échoué.
Si le pavillon roumain était le seul sur cette isle latine, aujourd'hui, en 2007, on y a planté un second sur son socle depuis un mois : le drapeau de l’Union Européenne.
Mădălina en est un peu sceptique...
Moi je dis que cela est fait par l’expression démocratique –même si 45% des Européens, en 2005, étaient contre l’adhésion de cette Isle dans leur continent!– et maintenant tout est en place pour continuer ce projet fédératif et économique.
Cette adhésion représente un pont ou un radeau pour rejoindre le continent économique et –rêvons un peu!– la culture fondamentale (au sens de Kenneth White).
Bucarest offre aujourd’hui plusieurs échoueries, plusieurs şantier in lucru, pour voguer en toute quiétude sur la mer continent européenne.
Je continue donc de chercher les isles, lignes de forces. Comme ces oiseaux migrateurs qui arrêtent, d’isles en isles dans le Delta du Danube.
*
Pour des raisons idéologiques, l’unité a toujours été prônée en Roumanie. Mais ce qui frappe dans le pays, à l’inverse, c’est la variété des choses et des gens. Il n’y a pas de paysage type, pas plus que n’existe le Roumain type : la Roumanie est un kaléidoscope de paysages et de gens.
Lucian Boia 07 February Qu'est-ce qu'une atopie ?Dans le domaine de la médecine, une atopie désigne certaines manifestations morbides allergiques locales survenant de manière apparemment spontanée chez un sujet prédisposé.
Il semblerait que le mot Atopie provienne du grec: a- (sans) et topo- (lieu) et signifierait «sans lieu». Cependant, il existe une autre acception qui semble être liée cette fois-ci au concept d'utopie. Qu'est-ce qu'une atopie ?
Pour l'instant, je ne peux m'expliquer ce flou conceptuel... |
|
|