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01 April Entendre le vent battre les champsIl écoutait le vent battre les champs. Il se couchait dehors pour sentir la fraîcheur sur ses joues et ses cheveux remuer. Pour que la force de ce souffle lui change les idées. Il buvait aussi ce vin pour garder au chaud sa cage thoracique, pour éloigner les peurs qui le guettent, comme la bête rôdant au bout du champ à la nuit tombée. Sa poitrine se gonflait de courage à chaque pas plus lourd et terrestre. Il gravissait les montagnes : car il en avait la jeunesse (la forme physique) et au sommet en récoltait la sagesse (méditative du paysage). Il lavait son visage tous les matins avec de l’eau froide des glaciers de la montagne. Soigneusement, il nettoyait ses mains, mais n’en écrivait pas de meilleurs vers pour autant.
Le vent soufflait. Le vent battait les champs.
Lui, il enlignait le défi droit dans les yeux. Le soir à la brunante, il s’échappait, car ce qu’il aimait le plus par dessus le marché, c’était d’écouter le vent battre les champs. Le vent qui savait murmurer son nom et celui du printemps. Les champs battus, il écoutait aussi la pluie agiter son fin récit, mais préférait de loin écouter le vent battre les champs. Sa légèreté, son combat inutile de brise contre les blés, les herbes et les plaines venteuses. Toujours, il perdait le combat. Et le vent battait de plus en plus fort d’audibles paroles de la mémoire.
On entend aujourd’hui encore le vent battre les champs.
Et le vent de dire : « Je suis revenu ! » 16 March Le plus grand mystèreI
C’était au début.
Il n’y avait que du magma, des océans sans fin,
Des ondes de chocs, de la lave en fusion…
Puis il y eut cette chose
Cette chose qui est sortie du limon
Du socle
C’est ce que chante la Poésie
Scientifique et Religieuse
II
Dans cette chose, il y avait
Un peu de nous
Dans ce nous,
C’était toi et moi, animés du même souffle.
Toi et moi
C’est fou, hein?
Toi et moi, issus du même socle
III
Le plus étonnant c’est que
Toi et moi
Étions capable de reproduire
Ce même souffle qui nous anime
IV
À travers les temps
Toi et moi
Avons pris divers vêtements de chair
Toi, tu étais le féminin
Moi, j’étais le masculin
Nous, nous étions une écriture indéchiffrable
V
Nous étions
Une chair mystérieuse
Muée d’intelligence
Muée d’une conscience…
J’avais conscience de ton existence
Tu avais conscience de la mienne
Nous étions conscients de nous
Sans connaître
VI
C’était étonnant car
Tout le temps, notre cœur battait
Notre souffle ponctuait nos trajectoires
Sur le même rythme
Malgré qu’aucun de nous ne savait lire
La partition indéchiffrable…
Ce qui fait qui nous constitue, toi et moi
VI
Le plus drôle
C’est que nous nous aimions
Toi et moi
Et nous ne pouvions vivre l’un sans l’autre
Toi et moi
L’harmonie du grand concert de l’existence
VII
Ô bien sûr,
Nous avons été parfois, hélas souvent séparés
Douloureusement
Toi moi
VIII
Toutes les plus belles histoires en font foi
Tous les plus grands récits racontent
Comment moi, éperdument amoureux de toi,
Te cherche désespérément
Dans le désert, dans les plus hautes montagnes
Dans les mers gelées de l’Histoire
J’étais inconsolable
Tu étais une colombe évanouie en pleine mer
« Où es-tu ? »
IX
Quand je te retrouvais,
Nous redevenions
Toi et moi
Nous nous emportions et nous nous consommions
Dans les fluides du devenir
C’est ce que nous étions
Amoureux
*
Prologue
Un jour quelqu’un m’a conté
Cette histoire d’amour
Avec la plus grande candeur
C’était l’histoire de la plus grande simplicité
Une évidence même !
Mais, on me demanda d’en secouer les évidences et de
Considérer à nouveau le mystère des hommes et des femmes.
Toi et moi qui parviennent par l’union
À faire ce nous
Ce que nous sommes en bref
Ce n’était pas une mince affaire
Je savais que le langage n’était pas suffisant pour expliquer
Le mystère de l’alliance sacrée
Entre un homme et une femme
C’était à n’y rien comprendre finalement
Une autre histoire d’amour.
Et pourtant, par elle, nous parvenions à faire du monde entier
Notre maison.
Puis, je me suis souvenu de cette pensée
Inoubliable
Qui orne, aujourd’hui encore,
L’entrée du palais Topkapi à Istanbul
Et ma mémoire amoureuse
Si vous gardez vivant le visage de votre bien-aimée
Alors le monde entier sera votre maison…
Cette maison solide comme pierre
Que l’on porte à l’intérieur
Est foyer vivant de l’amour
Et c’est le plus grand des mystères
C’est pourquoi nous aimons le raconter,
À tour de rôle
L’histoire de nos amours 16 February Santier In LucruLa drill drible draga
La drill drible draga et je nage
Dans les sables de cette isle
Poc, toc et pac
Trictrac
Dans le trafic et mat
Şantier în lucru
Qui l’eut cru?
Grande grue ailée
Martèle le nouveau visage
Machiaj de la joyeuse bucur
Pimpant pimpon tympans
Tampon ampoule de foule
Pare-chocs à choc à chaque
Rue se rue rue ruse
Tohu-bohu dansant brouhaha
Foudroyant poudroyant
Nous sommes bien vivants
Hobbies iubi doux
Oui Draga!
Aujourd’hui et demain
Drible la drill draga
Et les nuées de poussières
Que tu éponges tous les soirs sur ton visage
Ne sont-ils pas d’autres rêves à l’abordage? 26 January J'observe un QuébécoisJ’observe un Québécois. Il est grand. Un peu costaud. Il a une voix jolie et des yeux doux. Il aime chanter… pas uniquement des complaintes… Le sait-il vraiment qu’il a une belle voix ? Il n’est pas dur de caractère. Il aime le jeu et les départs. Le défi aussi.
Non ! Il n’est pas rude. Pas dur du tout.
Il a un style éclectique. Un peu indécis. Intellectuel et raffiné. Il est d’une génération biologiquement indécise. Et il éprouve un peu de difficulté à supporter l’existence, les marécages bruns de la conscience.
Voilà un Québécois !
Je suis assis en face de lui. Et je bois la même bière que lui. Haïku du Lac Saint PierreQuenouilles sur fond gris,
Vinaigriers rougeoyants
Parebrise pluvieux
Lac Saint-Pierre
Se mire dans la Grande Rivière
Et soupire l’apôtre
Les oies sauvages
Saluent des ailes ceux qui prennent
La clé des champs
Herbes verdoyantes,
Bruines, on ne peut esquiver
Vinaigriers rouges
Petit équipage, ivre,
navigue dans les eaux nouvelles
Quoique bien connues
La tête couchée,
Rétine collée sur un
Oreiller paysage
Et nous nous croyons
Déjà arborer d’autres
Pays, landes vertes
Les oies suivent la
Grande Rivière de Canada
Cicatrice bleue
Voulait plagier la
Signature des glaciers,
L’Éternel jaloux Haïku du Blé d'IndeLe symbole phallique
Qui fut la plus grande méprise
De tout l'Amérique Je dors la fenêtre ouverteJe dors la fenêtre ouverte
Et mes yeux mendient paysage
Je dors la fenêtre ouverte
Et j'écoute la rumeur se plaindre
Sans tout à fait dormir
Sans tout à fait somnambuler
La fenêtre ouverte
Offerte à mes oreilles
Dessine sur la carte nocturne
Des milliers de parcours
De roches, de fumée et de chênes
Sans toutefois dormir
Sans toutefois somnambuler
La fenêtre ouverte hurle
Sa Joie de chien errant 08 August La grande ÉchouerieJ'avais promis de ne plus jamais amarrer
L'haleine fétide du fleuve
Mais les bras chétifs de la mer me caressent de rester
Encore un peu
Sur le seuil tiède d'un port
J'ai la bouche ouverte d'une carpe sur le flanc couché
Cherchant l'eau ou l'air
Sous le Soleil noyé de la marée grimpante
Pour revêtir le mensonge icébergien
Fier capitaine de l'échouerie
S'abîmant avec la cargaison humaine
Ces engelures coulant à pic les dernières volontés de la Goélette,
Ma belle, où donc es-tu échouée? |
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