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April 02 Une nouvelle religion dans la paroisse !C’était vers la fin de l’après-midi, un mercredi du mois de mars. Je rentrais chez moi paisiblement, observant les paysages métamorphiques du printemps. J’étais au cœur de la paroisse Notre-Dame du Foyer. Entre les boulevards Viau et de l’Assomption, ce segment de la rue de Bellechasse est particulier, car malgré sa proximité urbaine avec des quartiers fort populeux de Montréal, on jurerait se promener au beau milieu d’un village calme et verdoyant. En tout cas, on trouve dans cette paroisse certaines caractéristiques fondamentales et patrimoniales qui constituent les villages québécois. En effet, au centre de celle-ci est érigée l’église Notre-Dame du Foyer (1944) aux côtés de laquelle gravitent l’école du même nom, feu la caisse populaire Desjardins du même nom (1945-2007), qui a été malheureusement « relocalisée », ainsi que le dépanneur Astor, qui fait figure de « magasin général » tout en gardant l’esprit urbain par le simple fait qu’il est tenu bien entendu par un « Chinois » fort sympathique. Dans ce « havre de verdure » où vivent près de 3900 familles, on compte également la cité-jardin, le club de golf du village Olympique, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et, un peu plus au sud-ouest, le parc Maisonneuve ainsi que le Jardin botanique. Appelé parfois le « Nouveau Rosemont », ce quartier résidentiel est doux et propice aux rêveries de promeneur solitaire. Or, c’était un mercredi de printemps dans notre paroisse. Et je rentrais chez moi, le cœur léger. Fort amusé, je remarquai la présence de jeunes qui s’étaient attroupés devant le parvis de l’église, sur la grande allée de béton. Ils y avaient installé un filet de hockey. Quelques jeunes filles assises sur les marches admiraient les garçons qui tentaient de les impressionner avec leur bâton de hockey. À tour de rôle, ils frappaient de toute leur force la pauvre petite balle de tennis qui atteignait le fond du filet. Exécution et jeu d’habileté; comment ne pas remarquer dans cette exhibition du talent sportif et compétitif, le jeu de la séduction? J’en étais fort amusé, dis-je, car je n’ai pas l’occasion de voir aussi souvent des jeunes dehors dans mon quartier. « Où sont-ils ? » Malgré les faits statistiques de leur présence démographique, les ruelles et les cours d’école (après les heures de classe) ne sont occupées que par des chats et des feuilles d’érable mortes. Il est plutôt rare de voir des manifestations de cette espèce à l’extérieur et en groupe. Cet attroupement m’émerveillait. M’émeut. En ce mercredi de mi-mars, comment ne pas remarquer, du même souffle, que l’équinoxe vernal est arrivé aux portes de notre paroisse ? Que la résurrection printanière, résultant de la fonte des neiges, fait monter la sève du désir, ce sirop laurentien ? Comment ne pas humer dans l’air bourgeonnant qu’à quelques jours d’ici, la fièvre des séries éliminatoires aura gagné une grande partie de la population de la métropole ? Devant le chandail des Canadiens de Montréal que porte le plus grand de ces jeunes attroupés, comment ne pas réprimer son désir d’aller chercher son propre bâton de hockey et de se joindre à eux, d’entrer dans le feu de l’action, la bousculade, la victoire collective ! La partie battait son plein. Tout ce petit jeu se déroulait sous le regard de marbre de la Notre-Dame qui tient l’enfant Jésus depuis 1944 sur la façade de l’église. La scène était envoûtante. On ne voyait plus que ces jeunes. On oubliait qu’à une certaine époque entrer dans une église c’était, par transsubstantiation, entrer dans le corps du Christ, entrer en communion. Ces jours-ci dans le paysage littéraire et populaire québécois, on parle du hockey comme nouvelle religion des Québécois. J’en étais sceptique. Mais devant le parvis de l’église Notre-Dame-du-Foyer, j’en suis devenu convaincu. En tout cas, je reconnais que l’église catholique au Québec fait preuve d’une grande tolérance vis-à-vis de ces nouvelles cohésions sociales –ces liens reliant– émergeantes. Cette nouvelle église du hockey s’installe maintenant aux portes des nos églises, sans aucun problème d'accomodements. J’ose imaginer la tête que ferait monsieur le curé s’il voyait ces adeptes du hockey jouant les Mario Lemieux au pas de sa sainte institution. Se permettrait-il de les chasser ? Certainement pas. Il rentrerait penaud dans son presbytère et essaierait de comprendre pourquoi Jésus laissait venir à lui ces enfants enjoués ! À SUIVRE... |
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