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December 14 Gare de Saint-Lambert. Ceux qui gèlentÀ six kilomètres de la gare Centrale de Montréal, se trouve la modeste gare de Saint-Lambert. Là, c’est entre autres le premier (ou avant-dernier) point d’arrêt pour les trains de la compagnie VIA Rail. Là, passent le Amtrak, le AMT et le CN (trains de marchandises). Comme on peut lire sur Wikipedia (au sujet de la ville de «Saint-Lambert») : « Le pont Victoria étant le plus vieux pont reliant Montréal à la Rive-Sud, et donc seul lien ferroviaire entre la métropole québécoise et la ville de New-York, Saint-Lambert a été un lieu de passage de marchandises pendant très longtemps…» Et l’est toujours.
Modeste gare, dis-je. On ne voit plus le chef de gare sortir de son bureau pour tendre la perche des ordres à l’ingénieur, et la tour de contrôle n’a plus d’utilité. Cependant on y trouve encore une billetterie, un agent VIA Rail, des toilettes, des téléphones publics, une distributrice à boissons gazeuses et café et une salle d’attente où l’on ne peut pas faire les cent pas. Trop étroite ! Non, il n’y a pas de salle de pas perdus à Saint-Lambert. J’ai fait moi-même l’exercice comptable, mais malheureusement je ne vous dévoilerai pas le nombre modeste de pas que l’on peut perdre !
À la gare de Saint-Lambert, ceux qui s’engouffrent, ceux qui bougent, ceux qui partent, ceux qui arrivent, ceux qui attendent n’ont pas les mêmes possibilités que les «Ceux» de la luxueuse gare Centrale de la métropole. Ici, en hiver, on gèle pour un train comme en témoignent les quelques photos.
Selon la typologie VIA Rail, la gare de Saint-Lambert est une «gare avec personnel». En effet, on y trouve une sympathique agente. Appelons-la Gisèle. Quand on entre dans la salle de gare, on salue Gisèle ainsi que nos compagnons voyageurs. On ne se fond pas dans l’anonymat psychosocial.
Modeste gare, dis-je. Cela explique en partie pourquoi un flâneur de gare ne peut photographier à sa guise ceux qui attendent. Là, dans cette salle, on est voyageur ou on ne l’est pas. Et lorsqu’on flâne, il vaut peut-être mieux s’annoncer à Gisèle. Ou du moins laisser paraître son «inoffensivité». Si vous y allez, Gisèle ne s’en offusquera pas. Elle est habituée de voir des Train Spotters. Un flâneur de gare, c’est un peu la même chose pour elle.
Lorsque j’y suis allé, un vendredi après-midi, Gisèle enfilait son manteau VIA Rail et mettait son casque de poil sur la tête. Elle s’apprêtait à sortir sur le quai. Cela signifiait que le train numéro 22 (Montréal-Québec) était sur le point d'arriver en gare. Elle me l’a confirmé aussitôt. Tout en poussant le porte-bagage sur le quai, elle m’informa que le 622 ne passe que le samedi !
Les feux de circulations indiquaient l’arrivée imminente du train. Puis la vingtaine de «Ceux qui attendent en dedans au chaud» est sorti sur le quai. Gisèle les a avisés que le train roulerait sur la deuxième voie ferrée (côté Est). Il fallait donc enjamber la première «track». Elle prit soin d’ajouter que le wagon de la première classe serait près de la locomotive et que les wagons 4 et 5 seraient à la queue du train.
Lorsqu’un train arrête en gare quelques minutes pour ensuite repartir, la concentration des voyageurs se focalise sur un seul objet-obstacle : trouver son wagon respectif, vérifier son billet, se dépêcher de monter à bord. Ce qui peut être plus ou moins épuisant selon les types de personnalité. On sait que le train n’arrête que quelques minutes : il ne faut pas manquer le bateau !
Énervement, empressement. Lorsque les voyageurs se concentrent à chercher un wagon, c’est le moment idéal (pour un flâneur de gare) de prendre ici et là quelques clichés à leur insu; la méfiance vis-à-vis du flâneur s’en trouve momentanément relâchée.
Énervement, empressement. Bien vite, je me prends moi-même au jeu du départ. Je laisse de côté mes flâneries et aide un voyageur énervé à trouver son wagon. J’interroge la jolie hôtesse blonde de VIA Rail (en première classe) qui me désigne le wagon recherché. J’aide ensuite le monsieur à le trouver.
Le quai n’étant pas déneigé, les voyageurs doivent marcher dans une neige épaisse. La première voie ferrée qu’il faut traverser est un obstacle pour une voyageuse en fauteuil roulant. Heureusement qu’un membre de la famille lui apporte un peu d’aide.
Lorsque tout le monde est monté à bord, Gisèle a placé un par un les bagages dans le wagon à cet effet.
« All aboard ! » Le train est parti pour Québec, arrêtant en chemin à Saint-Hyacinthe, Drummondville, Charny et Sainte-Foy.
Quelques minutes après, un long train de marchandise du CN passait sur la même voie.
—C’est impressionnant de voir tous ces voyageurs monter à bord du train !
—Surtout l’hiver, a ajouté Gisèle qui rentrait dans une gare vide. |
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