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January 26 Géopoétique & humanisme: phénomène de l'êtreLorsque nous avons tué Dieu, nous avons aussi tué notre infinitude. Malgré tous nos efforts, nous avons essayé tant bien que mal de fonder de nouveaux refuges humains, de modestes transcendances à hauteur d’hommes, donc limitées et/ou enclines à la faillite.
Pour camper son existence, l'Homme recherche cependant ce rocher solide et durable qu'aucun magma ou lave volcanique ne saurait effacer de sa mémoire préhistorique.
Il se sait fini! Soit! Mais cela ne signifie aucunement qu'il a fini d’être humain. Au contraire, il peut compter sur le support de l'être, qui est vivant, existant. Et c'est l'homme qui en est le berger, comme le formule Martin Heidegger.
Nous avons donc la responsabilité de continuer d’humaniser le monde et de faire valoir cet être-jeté-là! Tant et aussi longtemps que nous consacrerons notre énergie biologique à maintenir notre condition d’homme et d’être à fond -le temps biologique d’une vie-, l’homme sera. C'est pour cette raison que nous nous y intéressons.
Cela ouvre alors le champ de la géopoétique. Selon Kenneth White, la géopoétique est une «tentative d'ouvrir un nouvel espace culturel en revenant à ce qui constitue la base même de toute culture, à savoir le rapport entre l'être humain et la Terre, ce rapprot étant conçu à la fois sur les plans sensible, intellectuel et expressif.» Ce champ culturel s'ouvre entre autres choses sur l'espace vécu et l'espace autre. Ils s'intéressent aux figures du dehors; ce qui fait qui nous constitue et qui constitue le protopaysage.
Selon Heidegger, le langage est la maison de l'être... Pour le géopoéticien, le paysage est la maison de l'être. L'habitat intérieur et extérieur du monde environnant comme un champ ouvert de l'esprit. Et l'être tire son énergie dans cette force créatrice qui n'est pas infinie ni trop transcendante, mais qui demeure à hauteur d'homme. Ce qui, somme toute, est bien assez! Récit géopoétiqueLe récit du géopoéticien n’est pas fictif, ni fabulation. Il est celui d’un voyageur qui n’a jamais fini de voyager, mais qui revient parfois vous raconter ce qu’il a vu, ce qu’il a lu… Ce voyageur avance à hauteur d’homme sur un paysage qu’il dessine et musarde, au rythme lyrique de ses pas. Son récit est vivant, lent comme la civilisation glaciaire. Son récit est vécu. Il est fait de ses entrailles, de ses propres limites et du monde environnant, cet autre monde. À son récit, le géopoéticien y introduit le mot fin lorsque son cou se brise, lorsque la mort le disloque du langage. Neige: dialogues et poétique de la créationAprès la sortie triomphante de Mon nom est rouge, Orhan Pamuk (Prix Nobel de littérature 2006) offre une fois de plus à ses lecteurs un roman fin et savoureux. Neige est le sixième roman de cet auteur turc traduit en français chez Gallimard dans la collection «Du monde entier». Fidèle à ses habitudes, l'auteur du Livre noir a écrit une histoire complexe qui soutient une réflexion qui a fait couler beaucoup d’encre dans les tribunes internationales ces dernières années : le terrorisme. En effet, ce roman interroge les relations conflictuelles en Turquie qui opposent les partisans du radicalisme religieux et ceux de la laïcité. Ayant délaissé la grande Istanbul, Pamuk situe l’intrigue romanesque dans la petite bourgade de Kar (qui signifie neige en turc), dans l’Est de l’Anatolie. S’en étonnera-t-on?
Sujet délicat… On connaît les difficultés de cohabitation qu’éprouve le gouvernement de la République turque vis-à-vis de la communauté kurde, vivant principalement dans cette région du pays. Sujet d’autant plus délicat : ce même gouvernement multiplie les procès «pour atteinte à l’identité nationale» contre les romanciers et les journalistes qui prennent la parole au sujet du génocide arménien et de la minorité kurde; procès qui gêne l’adhésion de la Turquie à l’Union Europénne. Le Nobel de la littérature n’y échappe pas. Pamuk, lui-même, avait-il anticipé la critique -voire le procès - dans son roman Neige : N’oublions pas que donner une déclaration qui nous rabaisserait à un journal allemand équivaut à être traître à la nation (p.317)
Si le cadre référentiel du roman s’encre a priori dans une réalité nationale, la réflexion qui s’y dégage touche rapidement un point essentiel qui ne connaît pas de frontières : l’urgent besoin d’un terrain d’entente et d’un dialogue d’égal à égal entre le Premier-monde et le Tiers-monde, entre les valeurs hégémoniques d’une sphère culturelle et économique dominante et d’une sphère pauvre et traditionnelle : On n'est pas idiots! [dit un personnage] On est seulement pauvres! (p.315)
Ainsi, le roman met en scène un journaliste istanbuliote, Ka, qui se rend à Kar pour couvrir un sujet d’actualité : le suicide des femmes et la répression politique vis-à-vis de l'intégrisme religieux.
Peu à peu, l’enquête journalistique force Ka à interroger les causes de ce désespoir. À la veille des élections, les tensions montent dans la bourgade de Kar. Les partisans laïcs et islamiques s’affrontent et le théâtre national fait l’objet d’une prise d’otage (!). Puis, survient la neige! C’était comme s’il y avait une relation entre la déchéance de la ville, sa paupérisation, son malheur croissant et le va-et-vient des hivers qui n’en finissaient pas. (p.33) Peu à peu, la ville de Kar devient elle-même prise en otage par de violentes précipitations de neige qui empêchent les gens de circuler librement et d’en sortir. Ce qui oblige les différents camps idéologiques à cohabiter dans un même paysage restreint. Confiné dans cette petite ville, le temps est idéal pour chercher un terrain d’entente.
Représentant des valeurs occidentales, du monde factuel, laïc et journalistique, Ka engage un dialogue et une réflexion sur le sens de la vie, de la création, avec des fidèles. Dieu existe-il ? La neige est-elle l'oeuvre de Dieu?
La neige comme poétique de la création
D’un roman à l’autre, Orhan Pamuk a habitué son lecteur aux paysages enneigés. Plus qu’une simple récurrence thématique, il s’agit d’un souffle poétique qui sous-tend chacun de ses romans. Or, Neige n’y échappe pas. Au contraire, il le rend plus explicite. En effet, pour le journaliste Ka, les précipitations sont au cœur même de la création littéraire du monde et suscitent la fascination : La neige m’évoque Dieu, dit Ka (p.101) [et] Si Dieu n’existe pas … alors un chose s’anime devant mes yeux : un paysage. Comme je sais que ce paysage tire sa force de l’amour de Dieu, je le contemple avec curiosité. (p. 159)
Et c’est dans ces contrées poudreuses et neigeuses, de givre et de frimas que Ka cherche à percer le sens poétique du flocon de neige.
Si aucun des cristaux de neige n’est identique, quel est le sens de chacun d’eux? L’encyclopédie auquel se réfère Ka tente d’expliquer le sens heuristique de chacun des pointes du flocon de neige? Mais que signifie cette neige? Dans ces paysages d’hostilités et de neige où s’entremêlent les idéologies et les grammaires de la création, Ka tente de reconquérir ses veilles amours disparues dans les dernières neiges : la belle Ipek.
Un roman fin et intelligent.
Orhan Pamuk, Neige, trad. Jean-François Pérouse, Paris, Gallimard, 2005. J'observe un QuébécoisJ’observe un Québécois. Il est grand. Un peu costaud. Il a une voix jolie et des yeux doux. Il aime chanter… pas uniquement des complaintes… Le sait-il vraiment qu’il a une belle voix ? Il n’est pas dur de caractère. Il aime le jeu et les départs. Le défi aussi.
Non ! Il n’est pas rude. Pas dur du tout.
Il a un style éclectique. Un peu indécis. Intellectuel et raffiné. Il est d’une génération biologiquement indécise. Et il éprouve un peu de difficulté à supporter l’existence, les marécages bruns de la conscience.
Voilà un Québécois !
Je suis assis en face de lui. Et je bois la même bière que lui. Haïku du Lac Saint PierreQuenouilles sur fond gris,
Vinaigriers rougeoyants
Parebrise pluvieux
Lac Saint-Pierre
Se mire dans la Grande Rivière
Et soupire l’apôtre
Les oies sauvages
Saluent des ailes ceux qui prennent
La clé des champs
Herbes verdoyantes,
Bruines, on ne peut esquiver
Vinaigriers rouges
Petit équipage, ivre,
navigue dans les eaux nouvelles
Quoique bien connues
La tête couchée,
Rétine collée sur un
Oreiller paysage
Et nous nous croyons
Déjà arborer d’autres
Pays, landes vertes
Les oies suivent la
Grande Rivière de Canada
Cicatrice bleue
Voulait plagier la
Signature des glaciers,
L’Éternel jaloux Haïku du Blé d'IndeLe symbole phallique
Qui fut la plus grande méprise
De tout l'Amérique Je dors la fenêtre ouverteJe dors la fenêtre ouverte
Et mes yeux mendient paysage
Je dors la fenêtre ouverte
Et j'écoute la rumeur se plaindre
Sans tout à fait dormir
Sans tout à fait somnambuler
La fenêtre ouverte
Offerte à mes oreilles
Dessine sur la carte nocturne
Des milliers de parcours
De roches, de fumée et de chênes
Sans toutefois dormir
Sans toutefois somnambuler
La fenêtre ouverte hurle
Sa Joie de chien errant January 06 Promenade aux abords du Lac MoriiLacul Morii (Damboviţa). 30°C. Staţia Crăngaşi. Je marche jusqu'au lac Morii. Comme un sourcier, je cherche l’eau qui alimente la joyeuse Bucarest. L’eau qui alimente la mémoire urbaine. Je foule les herbes malveillantes et prépare mon appareil photo! Aux abords du gros réservoir d’eau, plusieurs appartements mégalithiques montent la garde d’un je-ne-sais-quoi. Il fait très chaud et toutes les fenêtres sont ouvertes. On y entend la vaisselle du dimanche après-midi s'entrechoquer. Une réception s’amorce. Dans l’autre appartement, on entend un couple s’aimer un décibel trop fort. Plus loin, des petites filles chantent à leurs poupées nani noapte buna. Suffoquant de chaleur, les chiens errants sont couchés sous les Dacia. Tout est calme et plat. On y voit que la surface des choses. Aux abords du lac, des pêcheurs lancent la ligne et espèrent y pêcher autre chose que de l’eau. Sous un saule pleureur, une femme, vêtue d'un foulard et d'un manteau, écrit quelques mots à la mémoire de son bien-aimé submergé. Les enfants gambadent. D’autres se baignent. J’emprunte le petit chemin qui ceinture le lac. Près du sentier, un cheval attaché reluque les familles qui font cuire des grillades sous les saules pleureurs. On croirait voir une île ? C’est un dimanche après-midi où flotte doucement la mémoire masquée du lac. |
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